Acteur immense qui a marqué les esprits avec de grands rôles tant au théâtre qu’au cinéma ou à la télévision, Marc Messier n’est plus. Il laisse dans le deuil ses trois enfants (Gabrielle, Félix et Jeanne) ainsi que des milliers de Québécois qu’il a su toucher et divertir.
Avec ses yeux bleus acier, son sourire en coin et son sens inné de la comédie comme du drame, Marc Messier a été sans conteste l’un des acteurs les plus prolifiques et reconnaissables du Québec. Né le 16 août 1947, à Granby, cet interprète de haute voltige a campé tant de rôles d’envergure qu’il serait aisé d’en oublier.
Pour plusieurs, il restera éternellement Réjean de La petite vie, ce rouquin coureur de jupons qui parlait de lui à la troisième personne du singulier. D’autres se souviendront surtout de lui comme Marc Gagnon, fougueux capitaine du National dans la télésérie Lance et compte. Ou comme Bob Chicoine, hockeyeur dans Les Boys qui vantait la « dureté du mental » auprès de ses coéquipiers.
Au théâtre, il sera pour toujours associé à l’immense succès de Broue, comédie à sketches à l’inimaginable longévité qui s’est étalée sur 38 années.
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PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE
Marc Messier, en 2017, lors d’une représentation de Broue
Bref, celui qui a fait ses premiers pas d’acteur au milieu des années 1970 dans l’émission Avec le temps puis et La Fricassée (une émission pour enfants) a réussi à camper des dizaines de rôles inoubliables pendant plus de 50 ans.
Pourtant, rien ne destinait Marc Messier à pareille carrière artistique. Ayant grandi à un coin de rue d’une patinoire à Granby, ce fils de barbier a passé une enfance plutôt sportive : hockey et natation occupaient ses journées. C’est un enseignant d’anglais au secondaire qui a servi de bougie d’allumage en demandant à l’élève de 15 ans de présenter devant la classe le monologue du père dans Hamlet, de Shakespeare.
« J’ai vraiment pogné quelque chose ! À partir de ce moment-là, le théâtre est devenu une obsession », a déclaré Marc Messier dans une entrevue avec La Presse publiée en 2024.
S’il a rencontré ses premiers mentors – Jacques Zouvi, Jacques Létourneau – entre les murs du cégep de Saint-Hyacinthe, où il étudiait à l’Option théâtre, c’est entre les murs d’un bar qu’il fera la rencontre la plus déterminante de sa carrière : celle de deux gars d’Alma nommés Michel Côté et Marcel Gauthier, avec qui il a créé Broue.
« La chimie est tout de suite passée avec Michel [Côté]. On était deux ambitieux qui ne prenaient pas un non pour réponse. On voulait que les choses arrivent », disait-il en 2024 à propos de son grand ami, disparu l’année précédente.
PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE
Marc Messier avec Diane Lavallée, qui incarnait Thérèse dans La petite vie
Marc Messier ajoutait alors : « Faire Broue a été une expérience magique. On pouvait faire le métier qu’on aimait devant des salles pleines. Lorsque la pièce est devenue un succès commercial, il y a eu un peu de snobisme du milieu, mais on n’avait aucun problème avec ça, Michel, Marcel et moi. On voulait devenir des acteurs populaires, dans le sens noble du terme. Et on a pu gagner notre vie ! Mais on n’a jamais rien tenu pour acquis. On doutait toujours un peu. La comédie est quelque chose de fragile. Tu sautes une virgule et c’est moins drôle ! »
Il en savait quelque chose, puisqu’il a tenu le haut de l’affiche dans plusieurs comédies présentées au petit écran, notamment dans Les voisins de Claude Meunier et Louis Saia.
Louis Saia disait d’ailleurs à La Presse, toujours en 2024 : « Marc est un acteur qui est un peu sous-estimé. Il a une faille dans le regard qui laisse croire que même ses personnages les plus méchants ont eu des blessures d’enfance, ce qui les rend sympathiques. Pour faire une analogie avec le hockey, Marc est aussi bon pour scorer que pour passer. Il ne veut pas juste se mettre de l’avant. C’est pour ça que tous les acteurs adorent jouer avec lui. »
PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE
En 2021, pour une représentation de son spectacle Seul… sur scène
Toujours passionné par le dépassement de soi dans ce métier à qui il a beaucoup donné, Marc Messier a signé dans les années 2020 son tout premier spectacle solo intitulé Seul… sur scène, qu’il a présenté plus de 80 fois à travers le Québec. Il a aussi tenu le rôle principal dans la pièce Le père, de Florian Zeller, présentée au TNM en 2023.
Il était d’ailleurs difficile pour Marc Messier d’envisager un jour la retraite, disait-il à La Presse en 2024. « C’est difficile de prendre une décision définitive dans ce métier. Mais si je prends ma retraite, je ne ferai pas une grande déclaration dans les journaux. Tout le monde s’en foutrait ! », croyait-il.
Les réactions suscitées par sa mort laissent aujourd’hui croire le contraire.
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